non, les personnes handicapées ne sont pas asexuées.
Chaque année, pour la journée internationale des personnes handicapées, on parle d’accessibilité, d’emploi, de droits… mais on oublie systématiquement l’intimité, la sexualité, le désir.
le mythe de l’asexualité des personnes handi
L’idée selon laquelle les personnes handicapées seraient “naturellement” asexuées n’a aucun fondement scientifique : c’est un mythe validiste issu de l’histoire médicale, de la psychiatrie et du contrôle social des corps.
Ce mythe associe handicap + perte d’autonomie + vulnérabilité = absence de désir, d’érotisme et de capacité à consentir.
En réalité, les études montrent que la grande majorité des personnes handicapées ont des désirs, une vie sexuelle active, et recherchent l’intimité autant que les valides.
l’Infantilisation : un mécanisme central
Ce mythe s’alimente par un phénomène clé : l’infantilisation. Les personnes handicapées sont souvent perçues comme “éternels enfants”, ce qui :
légitime qu’on parle d’elles comme si elles n’étaient pas présentes (comportement issu de l’infantisme, il y a un post à ce sujet) ,
normalise l’idée qu’elles n’auraient “pas besoin” de sexualité,
autorise les proches et les soignant·es à contrôler leur vie relationnelle.
L’infantilisation est un outil de domination sur les personnes handicapées : elle déshumanise et désexualise.
Représentations : pourquoi voit-on si peu de sexualité handi ?
Dans les médias :
les personnages handicapés sont souvent représentés comme tragiques, angéliques ou inspirants, jamais comme désirants, sexy ou sexuels ;
les rôles handi sont joués par des acteurs valides (cripping up), ce qui renforce l’idée que les personnes handicapées ne peuvent pas incarner le désir ;
les couples handi-valides sont quasi inexistants ou traités comme des anomalies.
Résultat : on renforce l’image d’une sexualité “réservée” aux corps normés.
quand la beauté devient un projet politique
Les couples handi-valides existent, beaucoup.
Mais ils sont souvent regardés comme :
suspects (“elle profite de lui / il fétichise”),
héroïques (“quel courage d’aimer cette personne…”),
asymétriques (“il doit faire tellement d’efforts…”).
Ces réactions s’enracinent dans l’idée que la personne handi ne peut pas être un·e partenaire “désirable” ou “à égalité”.
Cela invisibilise totalement les dynamiques réelles, fondées sur l’amour, l’adaptation, la communication, comme dans TOUT couple.
La sexualité handi existe, mais elle est rendue taboue
C’est un fait, les personnes handicapées parlent moins de sexualité, non pas parce qu’elles en auraient moins, mais parce que :
on ne les interroge presque jamais sur le sujet,
l’accès aux espaces de sexualité (bars, rencontres, etc.) est souvent inaccessible,
les tabous familiaux et institutionnels rendent tout plus complexe,
la société ne tolère pas leur désir.
Si on ne parle pas de sexualité handi, ce n’est pas qu’elle n’existe pas : c’est qu’on la censure.
Consentement : la zone grise du validisme
Le validisme influence aussi la manière dont est perçue le consentement. Deux extrêmes coexistent :
On présume l’incapacité à consentir → on interdit, infantilise, contrôle.
On présume un consentement automatique → on touche, manipule, déplace les corps sans demander.
Dans le milieu médical, social, ou dans l’espace public, les personnes handicapées sont beaucoup plus souvent touchées sans leur accord : fauteuils, cannes, corps, vêtements.
Ce geste, considéré comme “normal”, constitue pourtant une violation du consentement.
Selon le rapport du Parlement Européen sur la situation des femmes handicapées dans l’Union Européenne en 2007, 80% des femmes handi ont déjà été victimes de violences.