Transphobie : le cheval de Troie qui nous menace toutes

Le 11 février 2026, le Congrès américain approuvait le SAVE Act, qui priverait 90 millions de personnes de leur droit de vote. Une loi présentée comme une mesure de sécurité électorale, mais dont les premières cibles sont les personnes trans, les personnes racisées, les précaires et les femmes. Ce texte n'est pas un accident : il est l'aboutissement d'une offensive législative méthodique en cours depuis plusieurs années. Ce qui se passe aux États-Unis et au Royaume-Uni nous concerne toutes et tous. Explications.

11 février 2026, le Congrès des États-Unis approuve le SAVE Act,  privant de son droit de vote tout·e citoyen·ne dont le nom indiqué sur les papiers d’identité diffère de celui enregistré sur son acte de naissance. La seule façon de recouvrer ce droit : effectuer la modification de ses papiers en sens inverse. Si la personne est surprise en train de voter sans avoir finalisé la démarche, elle est alors considérée comme criminelle aux yeux de la loi. Or, dans certains États, ce statut peut la priver de son droit de vote pour toujours (ref 2), à cause d’une loi raciste héritée de l’esclavage. 

Ce projet transphobe trouve ses racines dans ce passé, discriminant les populations les plus précaires et marginales en exigeant d’elles des démarches pas toujours accessibles. Mais le SAVE Act est aussi le fruit de la psychose du parti républicain, persuadé que l’élection de 2020 lui a été volée (ref 1).

La conséquence possible : empêcher environ 21 millions de personnes racisées, précaires et/ou issues de l’immigration de voter aux prochaines élections.

donald trump, président des États Unis

Le SAVE Act est toutefois extrêmement controversé et ne survivra peut-être pas au Sénat, notamment car il pénaliserait aussi toute personne ayant changé son nom après s’être mariée. Aux États-Unis, cette loi affecterait donc également près de 69 millions de femmes (ref 3), dont une majorité de femmes républicaines, ces dernières adoptant plus souvent le nom de leur mari. Ce qui pourrait être embêtant pour les conservateurs, juste avant les élections de mi-mandat.

Que l’atteinte aux droits d’une minorité pénalise en réalité six autres groupes n’a rien d’anodin. Sur le plan systèmique, la transphobie d’état attaque directement les droits de toutes les personnes marginalisées, dont les femmes.  Rappelons que l’administration Trump a déjà exprimé le désir de révoquer le droit de vote des femmes (ref 4). Attaquer les droits des femmes sous couvert de transphobie est en réalité un schéma récurrent et bien plus insidieux qu’on ne le pense.

Les personnes trans en première ligne

Hors de question ici de détourner le regard des premières victimes de la transphobie, à savoir les personnes trans et les personnes intersexes. 

Au Kansas, iels ont perdu le droit de conduire et d’utiliser les toilettes de leur choix en une nuit (ref 5). En ne leur laissant matériellement pas le temps de faire modifier leurs documents préalablement, cette adoption express a forcé la plupart d’entre elleux à conduire avec des documents illégaux jusqu’à la préfecture américaine, aka le DMV. Ce système kafkaïen d’une lenteur notoire (ayant inspiré le gag du paresseux dans Zootopia) risque d’allonger leur précarité légale (ref 6). 

Leur droit d’existence même est menacé. Le 19 février, le gouvernement Trump a interrompu la thérapie hormonale de toutes les personnes trans incarcérées, en dépit des inquiétudes exprimées par le corps médical. En effet, un arrêt soudain de tels traitements  augmente massivement les risques cardio-vasculaires, pouvant mener à des AVC et des crises cardiaques (ref 16). Les États-Unis sont en train de tuer les personnes trans.

Chez nos voisins britanniques, le prélude est similaire, avec la victoire des lobbies anti-trans en 2025, imposant un système de reconnaissance du sexe et non plus du genre, reniant les droits des personnes trans et intersexes (ref 7). 

Les conséquences directes de cette décision ne se sont pas fait attendre. Le 9 mars 2026, la NHS bannit l’accès à la thérapie hormonale pour les mineur.e.s, malgré les études prouvant d’indéniables progrès quant à la santé mentale de ces jeunes, largement exposé·es aux pensées suicidaires lorsqu’ielles ne suivent pas de traitement (ref 8). Le 10 mars, la NHS démarre une enquête pour restreindre l'accès à la thérapie hormonale chez les adultes trans, alors même que l’année précédente, sa décision de bannir les bloqueurs de puberté a coûté la vie à de nombreux.ses adolescent.e.s trans (ref 15).

sara knafo et eric zemmour, représentant de reconquête

La France, qui reconnaît les identités trans, semble pour le moment relativement épargnée par les rhétoriques transphobes et violentes. Mais ne perdons pas de vue les alliances, les connivences, les personnalités et organisations soutenues par le RN, qui sont tous·tes des transphobes et bio-essentialistes notoires : fascistes d’Europe, partis néo-nazis allemands (ref 9), Donald Trump et Vladimir Poutine… Bien que, concernant ces derniers, l’extrême droite française s’en éloigne, constatant leur impopularité en France (ref 10). Cependant, Reconquête continue d’afficher son admiration pour les dictateurs, notamment par leur présence à l’investiture de Trump (ref 11). Néanmoins, Reconquête a malheureusement raison sur un point : le vent qui souffle hier sur les États-Unis a tendance à souffler demain en Europe.

Les femmes trans dans le sport : la brèche

La question de la présence de femmes trans en compétition aux côtés de femmes cis dans le sport a ouvert la voie aux lois transphobes.

Pourtant, la recherche est formelle : les femmes transgenres sous hormones depuis un an ne présentent pas d’avantage face aux femmes cisgenres. 

En témoignent les cas concrets qui ont déclenché ces paniques morales, notamment en natation et volley-ball. Dans les compétitions citées, les femmes trans accusées d’avoir volé leur victoire aux femmes cis ne sont toutefois arrivées qu’en cinquième ou sixième position. Ce qu'on nous présente comme une menace structurelle se résume, à l'examen, à des athlètes frustrées d'avoir perdu, qui avaient besoin d’une cible. 

Brianna "the Chili Queen" Skinner, championne australienne de la consommation de piments et femme de l'année 2025 de sa localité

Dans les sports d’équipe, la présence de joueuses transgenres n’a pas non plus fait basculer la compétition (ref 12). Et quand on sort du cadre des sports traditionnels pour observer les autres compétitions dont on accuse les femmes trans de s'être emparées, ce sont les jeux télévisés, de l’e-sport ou des concours de mangeurs de hot dogs. Le ridicule de l'argument devient difficile à ignorer (ref 13).

Hélas, les dégâts ne s’arrêtent pas là. 

Des acquis qu’on croyait consolidés, comme le slogan du mouvement girl power “les filles peuvent faire aussi bien que les garçons”, se retrouvent balayés par la propagande constante des lobbyistes anti-trans coincés dans leurs démonstrations bancales et vicieuses. Retour à la case départ : les femmes seraient donc obligatoirement plus faibles que les hommes, peu importe la compétition, peu importe qu’elle repose ou non sur des limites biologiques.

Avec ce tour de passe-passe, toutes les femmes, peu importe leur présentation de genre, sont désormais accusées d’être trans dès lors qu’elles excellent quelque part. L’excellence est de nouveau réservée aux personnes nées hommes. 

Cette rhétorique va jusqu’à normaliser l’idée qu’un homme lambda pourrait battre des femmes dans un sport dans lequel elles se spécialisent, bien que la réalité et le bon sens, dont l’opposition nous accuse de manquer, nous prouvent le contraire.

C'est dans les lois elles-mêmes que l'intention se révèle.

Au point qu’aux États-Unis, en 2025, le Protection of Women and Girls in Sports Act cité plus haut permet notamment l’examen approfondi des corps des filles, dès la maternelle, pour s’assurer qu’elles ne sont pas trans (ref 14). Des examens pouvant aller jusqu’à des tests ADN et des fouilles du corps, dans un pays où il est autorisé pour des coachs ayant commis des agressions sexuelles sur mineurs d’être transférés dans d’autres écoles. Pourtant, les mêmes décisionnaires qui ont poussé le Protection of Women and Girls in Sports Act sont ceux qui ont laissé la loi Kentucky HB 275 mourir, alors qu’elle aurait pu protéger réellement les filles d’agresseurs dans le milieu sportif.

La réalité, c’est que ces législateurs se foutent des droits et de la protection des femmes. Le sport féminin, toujours largement sous-représenté, sous-financé et sous-apprécié, en est un parfait témoignage. Ce qui les intéresse, c’est juste faire du mal aux personnes trans. Et si cette croisade leur permet au passage de contrôler l’expression de genre des femmes cis, c’est juste un bénéfice complémentaire, pas un dommage collatéral.

Le cas d’Imane Khelif

Rien n’illustre mieux cette contradiction que l’histoire de l’athlète algérienne Imane Khelif, cyberharcelée pendant les jeux olympiques de Paris, car suspectée d’être trans sur la scène internationale.

La championne du monde de boxe a vu son genre remis en question.  Chaque détail de son visage et de son corps, son ADN et son certificat de naissance ont été scrutés, simplement car elle est douée. Et pas juste par des trolls sur internet, mais par des personnalités notoires : Logan Paul, un influenceur à plus de 25 millions de followers, Giorgia Meloni, présidente de l’Italie, Donald Trump, ou encore J.K. Rowling, l'auteure de Harry Potter (qui a d’ailleurs soutenu financièrement les lois anti-trans au Royaume-Uni citées plus haut). 

Ce scrutin révèle aussi ce que ces gens considèrent comme de “vraies femmes” : menues, avec un petit nez, douées, mais surtout pas au point de rivaliser avec les hommes. Une caricature tout droit sortie d’un imaginaire qui n’a rien de neutre. Ces standards, déjà contraignants pour les femmes blanches, sont difficilement atteignables pour les femmes RACISées. Le racisme n’est pas un angle mort de cette rhétorique. Il en est une composante.

Imane Khelif, Barbra Banda, Brittney Griner, Lin Yu Ting, Dutee Chand, Serena Williams

Dans le sport, les femmes racisées comme Imane Khelif voient leur taux de testostérone examiné à la loupe, bien plus que les femmes blanches (ref 17). Serena Williams, Brittney Griner, Dutee Chand, Lin Yu-Ting, BARBA BANDA sont des cas très connus de sportives surtestées et constamment questionnées sur leur genre. Leur point commun : ne pas correspondre aux critères dits “féminins” eurocentrés. Or, le taux de testostérone, comme toute donnée corporelle, diffère selon l’environnement, la santé, la nutrition et la génétique.

En plus d’être racisée, Imane Khelif vit avec l'hyperandrogénie, une affection qu’elle partage avec 8 à 13 % des femmes en âge de procréer atteintes de SPOK, ou syndrome d’ovaires polykystiques (ref 18), touchant une femme sur 10. Cette condition augmente le taux de testostérone, pouvant donc causer, entre autres, une pilosité accrue, un gain de muscle, mais aussi énormément de souffrance. Cette souffrance peut parfois être  soulagée par la pratique sportive. L’ostracisation de ces femmes du monde du sport est alors d’autant plus absurde et injuste. D’autant que le sport est l’arène où les injustices génétiques sont les plus manifestes. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne d’interdire aux joueurs mesurant plus de 2 mètres de s’épanouir dans certaines disciplines.

Enfin, son hyperandrogénie fait figurer Imane Khelif sur le spectre intersexe (comme 1,8 % de la population, voire 5 % compte tenu de la rareté des tests). Dans le sport comme en dehors, les personnes intersexes subissent une violence double : médicale, considérant que leur genre leur a été attribué à la naissance sans leur consentement, et qu’il est constamment réexaminé ; légale, car leur accès aux soins et aux traitements hormonaux dépend des droits trans et de la manière dont la loi considère le genre

Annet Negesa & Caster Semenya

Comme Caster Semenya, olympienne dont le statut intersexe condamne la carrière à stagner dans les limbes depuis 2018. Elle continue de lutter pour faire reconnaître les femmes athlètes hyperandrogènes et intersexes comme telles, afin de leur épargner les violences hormonales et d’autres tests qui portent atteinte à leur dignité en tant qu’êtres humains (ref 19). Une expérience traumatique qu’ANNET NEGESA a dû traverser, APRèS une ablation des organes reproductifs internes, sans son consentement, pour rentrer dans les critères de TESTOSTERONES et qui a jamais détruit sa carrière ET SA VIE PERSONNELLE, puisqu’elle souffre des effets secondaires jusqu’à aujourd’hui.

Toutes ces femmes sont des femmes. Imane Khelif n’avait pas besoin de faire une tournée médiatique pour le prouver. Toutes les femmes qui se disent femmes sont des femmes. Normaliser le contraire, sous couvert d’encadrer le sport, engendre des conséquences dépassant largement les stades. 

Quand on laisse la rhétorique sportive dicter la manière dont on catégorise les corps féminins, on ouvre la porte à une définition de plus en plus étroite de ce qu'est une femme. Une définition qui, comme on le voit aux États-Unis, finit par s'appliquer à toutes.

Solidarité envers la communauté trans aujourd’hui et toujours

Les démocrates américains ont concédé les droits trans, les abandonnant quand ils en avaient le plus besoin, écartant les femmes trans du sport. Car c’est bien un vote démocrate qui a fait passer la loi SAVE, pour des raisons transphobes encore une fois.

On ne peut pas se permettre de reproduire la même erreur en France. Si vous voyez un discours transphobe, arrêtez-le. Si vos politiciens ne soutiennent pas les causes trans, sensibilisez-les. Car la réalité est qu’une attaque sur les genres pour l’un.e est une attaque sur le genre de tous.

Pas de fierté pour certains quand il n’y A PAS DE Liberté pour toutes.” - Marsha p. JOHNSON

En effet, les femmes se retrouvent coincées dans une boîte plus petite. Mais les hommes aussi : actuellement, les garçons grandissent submergés de modèles hyper masculins qui ne leur correspondent pas forcément. La peur d’être perçus comme “féminins” les rendra inévitablement dysfonctionnels sur le long terme. 

Si vous voulez en savoir plus sur comment obtenir de nouveaux modèles de masculinités, suivez L’Incendiaire et on se revoit bientôt pour un autre article.

Article écrit par Maraj, yappeuse sur l’impact culturel des femmes trans chaque jour de la semaine.

Corrigé et réécrit par Céline, la M.V.P des Incendiaires !

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Natio-natalisme : Pourquoi les droits des femmes reculent sous l’extrême droite