Natio-natalisme : Pourquoi les droits des femmes reculent sous l’extrême droite

États-Unis, Corée du Sud, Iran, Italie… Malgré leurs profondes différences, voire les conflits qui les opposent, ces pays sont tous sous un régime d’extrême droite. Et dans chacun d’entre eux, les droits des femmes reculent.

Alice Cordier sur le logo de son association, Némésis, photo provenant d'une vidéo prise durant son intervention à RTL

un “Féminisme de droite”

En parallèle de la montée globale de l’extrême droite, apparait un “féminisme de droite”, notamment représenté en France par des groupes tels que Némésis. Vision politique pour les unes, oxymore pour les autres, ce féminisme a bel et bien raison sur un point : la gauche ne garantit pas la sécurité et les droits des femmes. Après tout, les écrits de Karl Marx ne mentionnent nulle part que le capitalisme est particulièrement nuisible aux femmes. Pourtant, et de manière assez systématique, quand un gouvernement de droite vient au pouvoir, les droits des femmes reculent. 

Examinons-en les causes, en commençant par définir l’extrême droite et en rappelant pourquoi ces idées refont surface. Sans oublier les droits pour lesquels nous devons lutter aujourd’hui pour un avenir plus juste.

La “femme de droite” née du conservatisme

La droite trouve ses racines dans la Révolution française, et plus précisément la scission concernant la place du roi dans la nouvelle République. À gauche, ceux qui sont pour la monarchie constitutionnelle (dans laquelle le roi n’a aucun pouvoir), à droite, les monarchistes, qui pensent que le roi doit garder son droit divin.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cette séparation, et la droite actuelle, à l'exception d’un petit pourcentage, ne se revendique pas royaliste. Néanmoins, la droite reste ancrée dans des valeurs “conservatrices”, s’opposant au changement. Le parti du statu quo. Voire des valeurs d’antan, d’un passé, souvent romantisé, où les gens au pouvoir nous rendaient heureux, et où le bonheur de certains justifiait le malheur de la masse.

C’est dans cette idéologie que s’inscrit la figure de la “femme de droite”. Si les pro-républicains ont pour symbole une femme émancipée les menant vers la liberté avec Marianne, à droite, il n’y a… rien. Historiquement, dans les régimes de droite, il est hors de question que la femme soit sur le devant de la scène. Elle est invisibilisée, mise en retrait, cantonnée au foyer. La propagande de droite envers les femmes est toujours la même, et l’a toujours été : aider les femmes à “prendre conscience de leur vocation maternelle.” C’était le but premier du feu Mouvement Populaire des Familles, parti chrétien créé sous Vichy. Il est soutenu par le régime, dans sa propagande, mais aussi par des gestes (plus ou moins vides de sens) en faveur des femmes au foyer. C’est sous Pétain qu’est nationalisée la Fête des mères, et qu’on commence à distribuer une Médaille de la famille française aux mères de familles nombreuses ne travaillant pas à l’extérieur du foyer (médaille de bronze pour 5 enfants, d’argent pour 8, d’or pour 10).

Ça commence par la promotion de cette image, par cet effacement des femmes, avant d’arriver à l’interdiction pour les femmes mariées de travailler dans l’administration, métier pourtant déjà féminisé à l’époque, justifiée par le chômage masculin. Le DURCISSEMENT du châtiment des “avorteurs” et “avorteuses”  s’intensifie, et on punit plus durement les travailleuses du sexe pour “corruption de la race”. On élève le devoir maternel en acte patriote, et toute trahison est considérée comme un crime contre le peuple français.

Une histoire de perte de pouvoir et de contrôle total sous le redoutable “Travail, famille, patrie”.  C’est ce qu’on semble oublier aujourd’hui, puisque ce slogan sort désormais de la bouche d’une candidate LR, et qu’elle défend son utilisation sans remise en question.

Citer Pétain et son parti comme figure de l’extrême droite peut sembler lointain. Car on en a vu passer, des figures problématiques d’extrême droite revendiquant des idées sexistes depuis ! Mais rappeler cette histoire, c’est rappeler pourquoi la valeur de la famille est toujours perçue comme une solution en temps de crise : c’est à cause du natalisme.

Couverture de Vogue Été 1923, représentant une Garçonne

En effet, la France d'après-guerre connaît une crise de croissance démographique. Cette baisse statistique est expliquée, avec notre recul, par le changement radical d’une société industrialisée, avec une chute du taux de mortalité infantile, permettant aux familles de ne plus avoir à faire autant d’enfants pour assurer une descendance. Néanmoins, à l’époque, elle est perçue comme une déchéance sociétale. On met notamment en cause l’émancipation féminine des années 20, avec les figures de la Garçonne et de la Gamine : la femme conduit, est une vedette, coupe ses cheveux courts, est libertine, écoute du jazz et surtout, travaille à l’extérieur du foyer. Elle est ainsi blâmée pour la chute de la nation, sa défaite. Elle doit se remémorer sa place pour que la France prospère à nouveau.

Le racisme et l’antisémitisme s’en mêlent : la pureté de la femme et sa vertu sont considérées comme une représentation de la nation. On ne félicite que les femmes françaises qui donnent naissance à des enfants français de “pure souche”, si tant est que cela signifie quelque chose à l’époque de la colonisation.

Le natio-natalisme, une déshumanisation d’État

Aujourd’hui encore, la crise démographique est perçue comme une menace. Dans notre système actuel, c’est la jeune génération qui cotise pour la population vieillissante. Or, la main-d’œuvre est insuffisante pour prendre en charge nos aîné·es. 

La gauche est à la recherche de nouvelles solutions, propose (non sans prise de risque) des projets sociaux. La droite, elle, regarde vers le passé et se conforte dans ce qu’elle perçoit comme une certitude : la solution brandie est encore et toujours la même,  faire endosser à la femme son rôle “original” de Madone invisibilisée. 

C’est le point sur lequel se rassemblent les droites de Corée du Sud, d’Iran, d’Italie, des États-Unis… en dépit de leurs différences et conflits. Revenir vers un passé idéalisé où la femme est une mère. Car c’est bien connu, les générations passées n’avaient aucun problème, car elles avaient une maman qui devait s’occuper de 10 enfants.

Les reculs sont nombreux : entraves au droit à la contraception et à l'IVG, à la reconnaissance du viol, notamment conjugal, voire même du divorce, cartographie des agglomérats de femmes célibataires. On donne le micro à des voix plus clivantes, plus anti-féministes, machistes, qui encouragent les femmes à rester au foyer. On leur fait miroiter une vie plus facile grâce au retour des valeurs traditionnelles. Si un homme prenait soin d’elles. Évidemment, cet homme doit être un citoyen du pays. Le potentiel mariage avec un étranger est rendu plus difficile, hors de question qu’on perde “nos” femmes à ceux qui veulent nous remplacer ! On diabolise cet étranger en l’accusant de violences contre “nos” femmes, faisant fi des statistiques de l’INSEE pourtant formelles : ces violences sont majoritairement commises par des personnes du groupe interne (ex. : cocon familiale),  dont 40 à 50 % des vss provenant de conjoints et ex-conjoints.

Adriana Smith et son premier fils, photo du GoFundMe créée par la famille de la défunte

Jusqu’au point où la femme, réduite à un utérus, pourrait aussi bien être un cadavre. Tout va bien, du moment qu’elle peut produire un bébé. Comme pour le cas tragique d’Adriana Smith, morte cérébralement et gardée artificiellement en vie contre le consentement de sa famille pour qu’elle accouche d’un enfant qu’elle ne pourra jamais élever.

Voter pour toutes les femmes

Beaucoup de femmes se dirigent pourtant vers la droite en quête de solutions, pensant qu’elles bénéficieront de la protection d’un patriarcat bienveillant et capable, cette fois, de rendre le rôle de la madone invisibilisée tolérable.

Il est cependant très probable qu’elles partagent la misère des femmes oubliées du passé, de celles qui ont perdu leur emploi, de celles qui vivaient dépendantes de leur mari, de celles qui se sont retrouvées mères alors qu’elles-mêmes étaient encore des enfants.

Rien n’est facile, et la gauche n’est pas parfaite. Les solutions qu’elle propose sont même parfois bancales, à l’instar du système de retraite actuel. Mais le changement, c’est essayer des choses et voir ce qui peut fonctionner. 

La question qui s’impose est la suivante : De quoi a-t-on réellement besoin, en tant que femmes, en tant que féministes, pour être heureuses ? 

Restons  sur le thème de la natalité, puisque nos politiques adorent nous parler de “réarmement démographique” tout en disant “qu’il faudra accepter de voir nos enfants mourir” ! Admettons. Que faire pour que les gens ne soient plus anxieux à l’idée d’avoir des enfants ? 

Un allongement des congés de maternité et de paternité, qui permettrait un partage des tâches plus équilibré, est une première piste. Une autre ? On en a plein. Investir dans l’environnement pour que les parents aient autre chose à offrir à leurs enfants qu’un futur condamné. Renforcer le tissu associatif et encourager le maillage communautaire permettraient aux jeunes parents d’être soutenus et non isolés dans leur démarche. Réduire le coût de la vie, pour qu’un paquet de couches ne coûte plus la peau des fesses. Augmenter les salaires pour qu’on puisse projeter, pour cet enfant, le long terme. Des crèches publiques plus grandes et mieux FINANCIÉeS. Toutes les mesures qui améliorent la vie d’un foyer nucléaire, d’une famille étendue ou d’un parent célibataire. Car faire des enfants, c’est bien, mais faire en sorte qu’ils grandissent pour devenir des adultes équilibrés et non de la chair à canon, c’est mieux.

Ce n’est pas ce que veulent nos dirigeants actuellement. En tant que femmes, nous devons rester vigilantes : celui (ou celle) qui tente de nous convaincre que subir des violences, ça passe, n’est pas un·e allié·e. C’est un bourreau en costard-cravate (existe aussi en version tailleur) et la dernière personne pour laquelle on devrait voter ! 

Image de Marine & Marion le Pen, Jordan Bardella & Eric Zémmour

Aller de l’avant plutôt que de reculer est la voie préférable pour un meilleur futur. Pas seulement pour soi, mais aussi pour nos amies, nos mères, nos sœurs et nos voisines. Peu importe d’où elles viennent, à quoi elles ressemblent, ce qu’elles peuvent et ne peuvent faire. Vous n’êtes pas obligées de vous battre pour toutes les femmes, mais ne votez jamais pour leur retirer leurs droits : les vôtres sont aussi sur la sellette,  demain ou après-demain.

Une nouveauté à souligner : l’extrême droite actuelle a ajouté à son portefeuille de valeurs à vomir la  transphobie d’état. De nombreuses femmes sont tentées par la droite, mues par leur haine des personnes trans. Gentle reminderla transphobie fait reculer le droit de toutes les femmes. Pour en savoir plus, ABONNEZ-VOUS À l’INCENDIAIRE POUR LIRE NOS DERNIÈres actualitÉs.

Article écrit par Maraj, qui ne pardonnera jamais à la droite d’avoir ruiné Nicki Minaj.

Corrigée et rééditée par Cécile, véritable femme de lettres. La Véronique Sanson des Incendiaires !

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